16.05.2007

Achille 31

Bon, allez, aujourd'hui, on cause culture ! Ca nous changera un peu. Et mieux : littérature ! Pour faire écho à l'article d'Active W. sur Pline le Jeune (1), on va rester dans les antiquités. Mais moi, quand je cause antiquités, je cause antiquités modernes ! On est pas chez les antiquaires de la littérature, ici. Donc dans le genre péplum, j'ai terminé ce matin une série qui m'a pas mal plus, qui est Ilium, de Dan Simmons.

medium_ulysse.jpgJ'ai toujours été mitigé, avec ce gars là. Donc je vais revenir à sa production précédente (du moins la partie que j'ai lue), et ensuite on se penchera un peu sur Ilium. Le premier bouquin que j'ai lu de lui, c'est l'échiquier du mal. C'est une espèce de thriller/horreur avec un genre de vampire psychique qui contrôle les gens, et ça se passe de la seconde guerre mondiale à nos jours. C'est probablement son meilleur bouquin (je l'ai dévoré de bout en bout), même si c'est parfois assez glauque (2). Ensuite je suis passé à la série Hypérion, qui est un vrai monument du Space Opera. C'est super riche, y'a plein d'intrigues parallèles, et l'histoire est captivante... du moins sur la première partie. La seconde partie (la chute d'Hypérion) s'enlise, mais ça reste du lisible (malgré ses défauts, incontournable si on aime ne serait-ce qu'un peu la SF).

Avec ces deux séries, il couvre déjà l'ensemble des thèmes qui le passionnent : l'horreur, la possession (sous une forme ou sous une autre), le mysticisme et ou la religion, et surtout les grands écrivains. Ensuite, j'ai un peu laissé tombé ses bouquins : Endymion était pas mal, mais souffrait du même travers qu'Hypérion (ça s'enlise). Et ses autres thrillers, j'ai jamais réussi à dépasser la page 10.

Du coup, quand un pote m'a refilé Ilium (et le second tome, Olympos), enduits d'un discours dithyrambique, je me suis méfié. Mais dès la lecture de la première page, j'ai su que j'allais aimer (voir l'extrait ci-dessous. désolé, je l'ai trouvé quand anglais...). Ca raconte une espèce de chassé-croisé mettant en scène :

  • Les héros et les dieux intervenant pendant le siège de Troie. Les premiers étant bourrés de nanomachines et de drogues de combat, par les seconds.
  • Des robots rigolos, fan de Shakespeare ou de Proust.
  • Des humains d'un futur lointain, vivant dans une utopie inculte.
  • Un lettré, fan de la guerre de Troie, qui bosse comme reporter pour le compte des dieux.
  • Une grosse cervelle géante qui squatte l'opéra bastille et le début de la promenade planté.
  • et bien d'autres !

Bref, on s'emmerde pas. Même s'il y a quelques longueurs, ça se boit comme du petit lait (enfin, plutôt comme de la caipirinha, parce que le petit lait, j'en ai jamais bu...). Et en plus, c'est dans toutes les bonnes bibliothèques municipales.

medium_3_4_2.jpgAlors du coup, je me suis remis dans la littérature vraiment antique. Bien sûr, j'avais lu l'Iliade et l'Odyssée gamin, et je me souvenais vaguement de l'histoire, mais j'ai redécouvert pas mal de truc qui m'ont surpris. En particulier, que l'Iliade ne raconte pas du tout l'histoire du Cheval de Troie, et que l'Odyssée n'y fait qu'une pauvre référence : l'Iliade se terminant après la mort d'Hector, et l'Odyssée commençant directement sur le retour d'Ulysse. Et donc, le Homère d'alors (3) n'a jamais raconté la chute de Troie. Heureusement, les potes à Homère (Mo, Barney, Flanders, Sénèque et surtout Quintus de Smyrne) était là pour raconter la fin. Au menu, Achille qui tabasse la reine des Amazones (4), qui se fait crever comme une merde par Pâris (depuis, on dit "Pâris est magique"), bref, du lourd, quoi ! Comme quoi, Homère c'était vraiment qu'un baltringue, il est passé à côté du meilleur. Pour les curieux, on peut aller lire ça.medium_mort-achille2.gif

 

(1) Notons qu'elle changera bientôt de pseudo pour "Woman Tout Court". 

(2) C'est un plus, même !

(3) Je met juste une petite note de bas de page pour les malcomprenants. Il y avait un calembour.

(4) Il est un peu con, Achille. Il la bute, et ensuite il tombe amoureux. Remarque, s'il avait fait l'inverse, il serait pas plus avancé. Il est p'têt' pas si con, en fait. 

 

(un extrait plus long est trouvable

The Plains of Ilium

Rage.

Sing, O Muse, of the rage of Achilles, of Peleus' son, murderous, man-killer, fated to die, sing of the rage that cost the Achaeans so many good men and sent so many vital, hearty souls down to the dreary House of Death. And while you're at it, O Muse, sing of the rage of the gods themselves, so petulant and so powerful here on their new Olympos, and of the rage of the post-humans, dead and gone though they might be, and of the rage of those few true humans left, self-absorbed and useless though they may have become. While you are singing, O Muse, sing also of the rage of those thoughtful, sentient, serious but not-so-close-to-human beings out there dreaming under the ice of Europa, dying in the sulfur-ash of Io, and being born in the cold folds of Ganymede.

Oh, and sing of me, O Muse, poor born-again-against-his-will Hockenberry—poor dead Thomas Hockenberry, Ph.D., Hockenbush to his friends, to friends long since turned to dust on a world long since left behind. Sing of my rage, yes, of my rage, O Muse, small and insignificant though that rage may be when measured against the anger of the immortal gods, or when compared to the wrath of the god-killer, Achilles.

On second thought, O Muse, sing of nothing to me. I know you. I have been bound and servant to you, O Muse, you incomparable bitch. And I do not trust you, O Muse. Not one little bit.

If I am to be the unwilling Chorus of this tale, then I can start the story anywhere I choose. I choose to start it here.